Cabinet d’Apparat Attribué à Thomas HACHE

XVII ème siècle

Cabinet d’Apparat Attribué à Thomas HACHE                                   

En placage de noyer et marqueterie de bois fruitiers, la façade ouvrant par deux vantaux ornés de vases fleuris sur un entablement flanqué de part et d’autre oiseaux, la ceinture ouvrant par deux tiroirs, reposant sur sept pieds torsadés réunis par une entretoise à motif marqueté de fleurs et terminés par des boules.

Très richement marqueté de fleurs au naturel et stylisées, feuillages, branchages fleuris, feuilles d’acanthe, frises de rinceaux. France, Dauphiné, Epoque vers 1700.

Bois fruitier : noyer brulé, loupe de frêne, houx.

 

Largeur : 163,5 cm / Hauteur : 196 cm / Profondeur : 59,5 cm

A la fin du XVIIème Siècle, pour la toute première fois, ce type de meuble apparaît dans la production de Thomas Hache, non seulement pour sa forme en cabinet à deux vantaux sur piètement, mais aussi pour son décor marqueté et les essences et techniques employées.

 

Dès le début du XVIIe siècle, la France prend une part active au développement du cabinet apparu au XVIe siècle en Europe. Le cabinet est une armoire rectangulaire à tiroirs superposés et juxtaposés et ouvrant à une porte centrale, posé sur un bâti ou une table. À Paris, l’un des premiers menuisiers spécialisés dans la fabrication de cabinets est Jean de Milleville, ébéniste de la reine Anne d’Autriche et de Richelieu, dont l’inventaire après décès de 1654 révèle trois cabinets en ébène inachevés – l’un orné de panneaux d’écaille et l’autre en poirier à panneaux sculptés – ainsi qu’une « armoire à deux corps » en ébène « verte ». Ce dernier type de meuble à deux corps apparaît donc peu après le cabinet et donnera naissance un peu plus tard à l’armoire ouvrant à deux grands vantaux dont Pierre Gole puis André-Charles Boulle furent les promoteurs. Milleville fut ainsi l’un des prédécesseurs de Pierre Gole (v. 1620 – 1685), nommé ébéniste ordinaire du roi en 1654, qui créa les célèbres grands cabinets en ébène ouvrant à deux grands vantaux et reposant sur un piètement à colonnes.

Nous trouvons aussi des armoires réalisées par Thomas Hache à Chambéry peu avant, entre 1690 et 1695, qui présentent le même type d’ornements.

Ainsi, le meuble à deux corps présente une marqueterie très naturaliste et variée dans les espèces florales, où le jeune et brillant ébéniste a voulu témoigner de son savoir-faire et répondre à la mode de son époque.

Ces armoires richement marquetées ont été réalisées à Chambéry pour l’aristocratie du duché de Savoie, et sur lesquelles le décor est également très naturaliste et varié.

Enfin, sur notre cabinet  nous ne trouvons pas cette couleur verte du bois teinté (peut être effacé par le temps). que l’on peut observer sur le cabinet de la Collection Bemberg ;  cependant nous retrouvons l’usage typique de la loupe de frêne dont il fera grand usage avec la loupe de sycomore dans son œuvre ultérieure. Si les grandes fleurs restent naturalistes (œillets, pivoines, tulipes), apparaissent en grand nombre ces petites fleurs (digitales et pois de senteur) en bois brulé dont la facture indique une recherche nouvelle de stylisation qui conduira, dès 1700, aux fameux motifs de « marqueterie à l’italienne» qui constitueront sa dernière manière.

Chef d’œuvre de marqueteur, notre cabinet témoigne de différentes influences : hollandaises avec cette marqueterie de « fleurs au naturel » rappelant les compositions picturales des plus grands peintres flamands de l’époque, mais aussi d’influences italiennes par le procédé même de marqueterie. Elle témoigne également du grand souci de l’ébéniste de mettre en valeur les différentes essences de bois aussi rares que précieuses.

UNE DYNASTIE

A partir du milieu du XVIIe siècle et jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, alors que l’ébénisterie parisienne connaît ses maîtres les plus prestigieux, Noël Hache, originaire de Calais, puis ses descendants, Thomas, Pierre, Jean-François et Christophe-André, installés à Grenoble, composent une dynastie d’ébéniste dont le talent et l’invention rivalisent avec les maîtres du faubourg Saint-Antoine. Consacrés dès 1721 avec le brevet d’ébéniste du duc d’Orléans accordé à Thomas, les Hache marqueront définitivement l’histoire et le répertoire des formes du mobilier en Dauphiné. Associant marqueterie, loupe, ronce, bois de fil, essences rares et locales, bois naturels et teintés, du style Louis XIV au Louis XVI triomphant, objets de la vie quotidienne et mobilier d’apparat constituent une production d’une diversité extraordinaire. Du règne de Louis XIV à la Révolution, aristocratie et bourgeoisie dauphinoises sollicitent les Hache pour une simple réparation comme pour d’importants aménagements domestiques, établissant la remarquable réussite de leur négoce et constituant un patrimoine qui continue de faire la fierté et la fortune des collectionneurs. Fruit d’un siècle de production, l’œuvre connue des Hache est d’une ampleur et d’une variété impressionnantes

À l’aube du XVIIIe siècle, Thomas Hache avait mis au point un procédé de sciage spécial pour obtenir de grandes feuilles de loupes ainsi que des teintes rouges et vertes pour le sycomore et le frêne dont le secret est aujourd’hui perdu.

Employant des loupes et des racines aussi moirées et chatoyantes que des étoffes précieuses, Pierre Hache, ébéniste du duc d’Orléans, créera dans la mouvance du style Louis XV des décors de marqueterie dont la sureté de goût et l’originalité resteront inégalées.

THOMAS HACHE

Fruit d’un siècle de production, l’œuvre connue des Hache est d’une ampleur et d’une variété impressionnantes

La famille Hache est une référence dans l’histoire de l’ébénisterie française. A une trentaine d’années, Thomas Hache est le premier à s’installer et s’enraciner à Grenoble. Avant, apprentissage chez son beau père à Toulouse (son père menuisier ébéniste dans cette ville est mort quand il avait six ans), tour de France en passant par Paris, puis Chambéry où il apprend la marqueterie d’incrustation à l’italienne, technique de la scagliola, son décor floral typique de l’époque mais aussi l’utilisation inhabituelle (on utilisait l’ébène principalement d’où le terme ébéniste) de bois indigènes (noyer sorbier, frêne, olivier, cerisier, poirier, érable) et les incrustations de fleurs en ivoire typiquement italiennes.

Mais revenons à Thomas Hache! A Grenoble il se marie en 1699 avec la fille de son maitre puis reprend la boutique de son beau père défunt. Il estampille ses créations “Hache à Grenoble” avant même d’avoir reçu la maîtrise. Son histoire est une success story. Ébéniste ordinaire du duc d’Orléans gouverneur du Dauphiné, à partir de 1721, il voit le nombre de ses commandes exploser et devient riche. A sa mort, il laisse à son fils Pierre (1705-1776) qui lui même passera le relais à son fils Jean-François (1730-1796), trois ateliers qui tournent à plein régime en fabriquant à la fois du mobilier courant et des ouvrages de luxe.

REFERENCES

LES OEUVRES DES HACHE DANS LES GRANDES COLLECTIONS INTERNATIONALES

  • Metropolitan Museum de New York : un grand coffret de mariage armorié par Pierre Hache (Grenoble 1705-1776) et un bureau de pente par Jean-François Hache (Grenoble 1730-1796).
  • Victoria & Albert Museum de Londres : un grand coffret aux armes du Marquis de la Vaupalière par Pierre Hache.
  • Musée des Arts décoratifs de Lyon : un secrétaire à abattant marqueté et un bureau plat par Jean-François Hache.
  • Musée Nissim de Camondo de Paris : une paire d’étagères marquetées par Pierre Hache.
  • Fondation Glénat à Grenoble : une commode à la Régence aux armes de Louis d’Aymon par Pierre Hache.
  • Fondation Gandur à Genève : une commode Louis XV par Pierre Hache.
  • Fondation Bemberg à Toulouse : un meuble à deux corps qui est le tout premier meuble réalisé par Thomas Hache.

UNE CLIENTÈLE ARISTOCRATIQUE ET PRINCIÈRE

 

Le marquis de Mirabeau (1622-1687), aïeul du célèbre tribun révolutionnaire.

Louis de la Poype, Louis d’Aymon, Jean-Jacques Vidaud de la Tour.

Le marquis de la Vaupallière, client de Jean-François Oeben, ébéniste du roi et de la Pompadour.

Les frères Pâris, financiers de Louis XIV, du Régent et de Louis XV.

Le prince de Broglie.

Pour mémoire, l’armoire aux armes du Marquis de Mirabeau a été adjugée 200 000 € (frais inclus), le 28 juin 2015, à l’Hôtel des Ventes de Monte Carlo. Le meuble à deux corps de la Fondation Bemberg a été adjugé 170 800 € (frais inclus), le 13 décembre 2014, à Aix-en-Provence, Etude Hours. La commode Régence aux armes de Louis d’Aymon par Pierre Hache a été adjugée 439 916 € (frais inclus), chez Ferri Paris, le 1er juillet 2011. La commode de Pierre Hache (vente du Château de Gingins par Piguet, Suisse) a été acquise 343 000 € le 27 avril 2013 par la Fondation Gandur.

 

BIBLIOGRAPHIE

  • Les Hache, ébénistes de Grenoble (1699-1831), Jeanne Michel Giroud et Edmond Delaye – Ed. Didier et Richard, 1931
  • Le génie des Hache, Françoise et Pierre Rouge – Ed. Faton
  • Hache, ébénistes à Grenoble, Marianne Clerc – Musée dauphinois– Ed Glénat, 1997